L’amer, une saveur primitive fondatrice

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(…) Elle sépare le monde en deux le monde végétal. C’est aussi le goût du fiel vert: quelque chose en nous se nourrit de l’amertume des plantes, étroitement imbriqué au foie, le lieu du sang et de l’un des 3 « esprits vitaux » dans l’ancienne compréhension occidentale du corps.

L’amer, saveur apéritive (au sens archaïque: qui « ouvre les conduits du corps ») et digestive qu’illustrent toujours communément, dans nos cultures, le Pissenlit et la Chicorée, annonce encore, sur un autre registre que l’aliment, de possibles pouvoirs fébrifuges: l’écorce de Saule, la petite Centaurée, la Grande Camomille sont des plantes propres à réfréner « l’ébullition du sang ». Dans l’ordre intermédiaire, les dépuratifs amers sont perçus comme des activateurs généraux de l’organisme : ils purifient le sang, restaurent l’appétit, « font sortir les crasses du corps ».

La dermatose témoigne du ‘mal qui veut sortir ».  Et ici, la salade des champs peut amorcer en douceur la cure tonique & nettoyante que conclura l’infusion (très amère) de petit-chêne, de marrube ou de bardane.

En arrière-plan, c’est toujours l’association amer-bile-foie-sang qui régit le processus diétético-thérapeutique, le renouveau des sèves tenant lieu d’amorce et de modèle.

Symbole d’une rudesse des saveurs dont la civilisation nous préserve, l’amertume des nourritures sauvages de printemps tient donc une place importante dans l’alimentation traditionnelle (et primitive).

Bien avant la découverte des vitamines, les salades des champs contribuent en bonne place à corriger les régimes qui en ignorent l’importance. A ce niveau, l’ordinaire du pauvre pouvait s’avérer quelquefois plus équilibré que celui des classes favorisées, où l’abondance des venaisons ne préservaient pas des carences. Sans suffire à pallier les manque d’aliments de base, les herbes sauvages comestibles pouvaient favoriser la transition difficile entre l’épuisement des greniers et la récolte des premiers légumes cultivés. Tout en assurant l’homme ancien, corps et cœur, dans l’espérance du renouveau. (…)

Pierre Lieutaghi, La plante compagne

 

Aquarelle Rukiye Garip

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